(DIM DIM). L’armement national GULFCAM s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience, héritier de la Cameroon Shipping Lines (Camship), créée en 1974. Aujourd’hui, il tente de déployer cette expertise dans le transport conteneurisé avec le service CAMSHIP.
Mais depuis novembre 2025, le navire immobilisé à Kribi est devenu le symbole d’une réalité plus dure: assurer une activité de cabotage réservée par la loi aux opérateurs locaux, sans les conditions pour la faire vivre.
CAMSHIP : une ambition simple, une exécution bloquée
Le principe du service CAMSHIP est clair : relier Kribi et Douala par des rotations régulières de conteneurs, pour capter deux flux aujourd’hui 100% routiers. D’un côté, les conteneurs dédouanés à Kribi dont la destination finale est Douala. De l’autre, les cargaisons éclatent à Kribi à destination de Douala et du golfe de Guinée. L’ambition affichée est de plusieurs centaines, voire milliers d’Equivalent Vingt Pieds par mois. Mais l’ambition se heurte à l’immobilisation du navire. Malheureusement, tant que le bateau n’est pas opérationnel, les volumes, les emplois et les recettes restent des promesses.
Malgré, le cadre légal défini qui protège les locaux, des résistances sont observées sur le terrain. Un doigt accusateur est dirigé vers les multinationales qui ne veulent pas lâcher prise, car le secteur très juteux, rapporte gros. Il faut préciser que la réglementation camerounaise réserve le cabotage aux opérateurs nationaux. C’est une protection pour les acteurs locaux comme GULFCAM. Malheureusement, de manière théorique.
Dans la pratique, cette réserve impose des contraintes lourdes : navire sous pavillon camerounais, conformité aux normes, trésorerie pour assurer les rotations, négociations avec les lignes maritimes internationales, intégration avec la douane etc….Pour GULFCAM, assurer ce niveau d’exigence sans soutien opérationnel immédiat, devient un goulot d’étranglement. Le navire à l’arrêt à Kribi en est la matérialisation.
Le cabotage Kribi-Doula une niche d’opportunités d’emplois et de recettes
Le potentiel de cette activité est réel : création d’emplois directs et indirects, génération de recettes fiscales pour l’État, les ports et les collectivités, fluidification du commerce entre Kribi et Douala. Une analyse partagée par les industriels du corridor côtier, qui se disent prêts à être les premiers chargeurs.
Face à l’immobilisation durable du navire au port de Kribi, et le manque à gagner mensuel pour le Trésor public, il s’agit manifestement d’un frein indeniable à l’attractivité du Cameroun, ainsi qu’un élément de dissuasion pour les investisseurs qui misent sur une desserte maritime fiable.
Il est clair que GULFCAM ne concurrence pas les grandes lignes internationales. Son rôle est la dernière étape: redistribuer les conteneurs entre Kribi et Douala, un créneau que les porte-conteneurs de haute capacité ne couvrent pas. Des contacts ont été engagés avec les lignes présentes au Cameroun. Certaines ont marqué un intérêt de principe. D’autres étudient encore le modèle économique. Le Ministère des transports arbitre, et la piste des quotas de trafic est évoquée par le ministre Jean Ernest Massena NGALLE BIBEHE pour équilibrer les capacités des 4 acteurs actifs au Cameroun.
Fort heureusement, les signaux sont encourageants: la douane avance sur l’intégration, le Ministère des transports joue son rôle d’arbitrage, les industriels sont prêts. Mais le service CAMSHIP ne deviendra une réalité économique que si GULFCAM parvient à lever les blocages qui maintiennent son navire à quai. Aussi, la loi réserve le cabotage aux Camerounais. Reste à donner aux Camerounais les moyens de l’assurer.

