6 mars 2026

Crimes coloniaux: le repentir actif de la France face au Cameroun

(Georges SEMEY). L’Hexagone reconnaît sur le très tard, les atrocités commises au Cameroun à l’époque coloniale et post-coloniale. Atrocités soldées par de massacres à grande échelle, qui aujourd’hui, font l’objet d’un vif contentieux pendant, et non complètement vidé entre l’ex-colonie et son ancien colonisateur.

La correspondance date du 30 juillet 2025. Pourtant, elle n’a été révélée que ce 12 août 2025. Le Président Français Emmanuel Macron a, en effet saisi son homologue Camerounais, Paul Biya, l’informant de ce que la France reconnaîssait et portait la responsabilité de nombreux crimes et massacres perpétrés au Cameroun avant l’indépendance et après la colonisation. De 1960 à 1971, plus précisément.

Cette correspondance est un tournant historique dans les relations entre Paris et Yaoundé sur l’épineux dossier de la politique mémorielle de la France à l’endroit du Cameroun. «Il me revient d’assumer aujourd’hui le rôle et la responsabilité de la France dans ces événements», écrit Emmanuel Macron dans le courrier adressé à Paul Biya. En clair, la France reconnaît qu’elle a mené une «guerre» au Cameroun pendant la période coloniale et lors de la décolonisation, confirmant ainsi les conclusions d’un rapport d’historiens faisant «clairement ressortir (…) que les autorités coloniales et l’armée française ont exercé des violences répressives de nature multiple» avant et après l’indépendance de 1960.

Cette avancée mémorielle fait en effet suite aux conclusions du rapport de la Commission mixte mémoire France-Cameroun, transmises le 28 janvier 2025 aux autorités Camerounaises, après un intense travail effectuées. Ladite commission avait «clairement fait ressortir qu’une guerre avait eu lieu au Cameroun, au cours de laquelle les autorités coloniales et l’armée française ont exercé des violences répressives de nature multiple». Position qui a contraint Emmanuel Macron à constater que cette guerre «s’est poursuivie au-delà de 1960 avec l’appui de la France aux actions menées par les autorités camerounaises indépendantes».

Un rapport de plus de 1000 pages qui accable les autorités coloniales françaises et la France post-coloniale de graves exactions dans le Sud, le Littoral, le Centre et l’Ouest du pays entre 1956 et 1961, voire jusqu’en 1970. Sont cités concernant cette guerre, des opérations particulièrement sanglantes, à l’instar de celles d’Ekité du 31 décembre 1956, et soldées par de nombreux morts, lors de campagnes militaires menées sous commandement Français. Parmi lesquels quatre leaders indépendantistes: Isaac Nyobe Pandjock (17 juin 1958), Ruben Um Nyobè (13 septembre 1958), Paul Momo (17 novembre 1960) et Jérémie Ndéléné (24 novembre 1960).

Le mea culpa officiel de la France ouvre logiquement la voie à de pertinentes interrogations dont les deux principales sont: la France adressera-t-elle des excuses officielles au Cameroun ? Procèdera-t-elle à des indemnisations ? Les biens patrimoniaux emportés au moment de la colonisation seront-ils restitués au Cameroun ? D’après les experts, malgré ce repentir actif de l’Hexagone, quelques zones d’ombre subsistent encore. Et nécessitent urgemment l’ouverture d’un débat sérieux pour un règlement définitif.

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