6 mars 2026

Menaces transfrontalières: afin de maîtriser la transhumance, une tripartite de haut niveau annoncée entre le Cameroun, le Tchad et la Rca

(DIM DIM). Les experts des États membres ont relevé la pertinence et l’urgence d’une approche coordonnée, à Douala, lors des récentes rencontres interministérielles, tenues du 29 au 30 janvier 2026, qui au-delà d’une pratique très régulière en Afrique centrale, constitue une source de tension entre éleveurs et agriculteurs.

La transhumance transfrontalière est un phénomène ancien qui consiste au déplacement saisonnier de troupeaux d’animaux, à travers les frontières internationales, généralement pour trouver des pâturages et de l’eau. Or, cette pratique fait face à plusieurs défis notamment l’insécurité, la dégradation des pâturages et de points d’eau, l’activisme, des groupes armés, qui sont sources de tension entre éleveurs et agriculteurs.

Depuis plusieurs décennies, la transhumance demeure un pilier essentiel des systèmes
agropastoraux en Afrique centrale, particulièrement au Tchad, en République centrafricaine (Rca) et au Cameroun. Cette mobilité pastorale saisonnière contribue significativement à la sécurité alimentaire et à la résilience économique des communautés rurales. Tout en jouant un rôle déterminant dans la stabilité socio-économique des espaces frontaliers. Cependant, elle génère également des tensions récurrentes liées à la compétition pour les ressources naturelles, à la faiblesse des mécanismes de gouvernance et à l’insécurité transfrontalière.

Depuis 2020, le Centre pour le dialogue humanitaire (Chd) accompagne un processus de dialogue politique et technique entre la Rca, le Tchad et le Cameroun, en lien étroit avec la Fao et la Minusca, afin de promouvoir une gestion apaisée et coordonnée de la transhumance transfrontalière.La rencontre de Douala vise à: renforcer la coordination interministérielle afin de valider le principe de l’adhésion à la stratégie commune de gestion de la transhumance transfrontalière (Cameroun, Rca, Tchad), et permettre la tenue d’une rencontre de haut niveau.

De manière spécifique il s’est agi durant les assises: d’examiner la stratégie commune de gestion de la transhumance transfrontalière à la lumière des priorités et cadres politiques nationaux, analyser les progrès, défis et perspectives de mise en œuvre du plan d’action conjoint Rca-Tchad et identifier les ajustements nécessaires pour son opérationnalisation, avec l’inclusion du Cameroun, définir les rôles, responsabilités et contributions de chaque ministère et institution nationale concernée (élevage, agriculture, environnement, sécurité, affaires
étrangères, directions nationales des frontières etc….) dans la mise en œuvre coordonnée du plan d’action et de la stratégie, s’assurer de l’adhésion politique au global sur le dossier, s’assurer que la liste des personnes invitées pour la rencontre de haut niveau est correcte, s’assurer que le principe d’une adhésion est envisageable, et s’assurer que cette adhésion pourra déboucher sur des plans d’action.

D’après Mme Annie Claire Ngo Ongla, directrice des pâturages, de l’alimentation animale et des infrastructures d’élevage au Ministère des pêches, de l’élevage et des industries animales (Minepia), s’exprimant en qualité de représentante du ministre, a tenu à saluer l’initiative: «la transhumance transfrontalière est un phénomène aux ramifications multiples, touchant à l’économie, à la sécurité, et à la cohésion sociale de nos trois pays. Sa gestion requiert une vision partagée et des stratégies harmonisées. Les modifications apportées par les lois de finances et les mesures douanières, notamment, celles relatives aux déplacements de bétail, doivent être comprises et intégrées dans un cadre de coopération consolidé. Nous devons dépasser les approches bilatérales pour bâtir un pacte régional fort, garantissant la sécurité des personnes et des biens, tout en optimisant le potentiel économique de cette activité pastorale. La collaboration entre le Cameroun, le Tchad et la Rca, soutenue par nos partenaires techniques et financiers, est la clé de voûte de cette ambition».

Perspectives

À l’issue de cet atelier, il doit être arrêté :
une stratégie commune de gestion de la transhumance transfrontalière validée et appropriée au niveau national dans chaque pays, définir et formaliser les engagements institutionnels et les responsabilités des différents ministères, tracer les priorités nationales pour la mise en œuvre du plan d’action conjoint, son identification et alignement sur la vision régionale, tracer et adopter une feuille de route nationale, incluant les actions prioritaires, les
ressources à mobiliser et les indicateurs de suivi, la mise en place ou le renforcement des mécanismes nationaux de coordination interministérielle (comités techniques, cellules transhumance, etc…..), la production d’un rapport national de validation contenant les conclusions, engagements et recommandations pour la rencontre régionale, la formulation d’une position nationale consolidée afin d’alimenter le dialogue de haut niveau sous-régional et faciliter l’adoption d’une feuille de route commune aux trois États.

Pour sa part, Gérald Tchatchoua Toko, assistant représentant en charge du programme Fao au Cameroun, représentant le Dr Antonio Querido, représentant de l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) au Cameroun, a insisté sur le rôle d’appui technique de l’organisation: «la Fao se réjouit de ces rencontres préparatoires qui visent à structurer le dialogue de haut niveau sur la transhumance transfrontalière. Notre organisation est fermement engagée à accompagner les États membres dans la promotion de systèmes pastoraux durables et pacifiques. Cela passe par le renforcement des capacités des acteurs, la mise en place de mécanismes de suivi et d’alerte précoce, et l’intégration des considérations climatiques dans la planification pastorale. Les défis sont immenses, mais l’engagement politique dont témoignent ces réunions, est un signal extrêmement positif. Nous mettons notre expertise technique au service de la construction de solutions innovantes, fondées sur des données probantes, pour une gestion optimisée des ressources naturelles et une cohabitation harmonieuse entre éleveurs et agriculteurs».

Abdou Jonathan, coordonnateur du Parttrac (Programme d’Amappui à la réduction des transhumances transfrontalières et aux conflits) de la Fao, a quant à lui, mis l’accent sur les aspects pratiques de la coopération: «le Parttrac, en synergie avec les programmes de la Fao, a pour objectif, le renforcement des capacités des pays à gérer les flux transfrontaliers de bétail. Cela implique le développement d’outils de suivi, la formation des acteurs locaux et nationaux aux bonnes pratiques pastorales, et la promotion de la résolution pacifique des conflits. L’harmonisation des réglementations nationales, la mise en place de protocoles d’accord clairs entre les États, et la facilitation des déplacements des animaux sur la base de règles concertées, sont autant d’axes sur lesquels nous travaillons activement. Ces rencontres interministérielles sont fondamentales pour aligner nos stratégies et assurer que les décisions prises au plus haut niveau, soient traduites en actions concrètes sur le terrain».

Ont pris part, aux assises, les partenaires techniques et financiers: (Ceeac, Cebevirha, Comifac, Fao, Hd, Ue etc….) disposent d’un cadre harmonisé pour soutenir la mise en œuvre opérationnelle du plan d’action et de la stratégie commune. En revanche, Ben Kabagambe, chef de la mission du Centre pour le Dialogue humanitaire pour le Tchad et la Rca, a rappelé le rôle central de son organisation, dans la facilitation des processus de paix et de dialogue : «depuis plusieurs années, le centre pour le dialogue humanitaire s’emploie à créer des espaces de confiance et de discussion entre les communautés et les États. La transhumance transfrontalière, souvent source de tensions, peut et doit devenir un moteur de coopération. Les préparatifs de ce dialogue de haut niveau, sont une étape capitale pour jeter les bases d’une gouvernance régionale efficace. Nous sommes convaincus que, par un dialogue inclusif et une volonté politique partagée, nos trois pays parviendront à transformer les défis actuels en opportunités de développement mutuel et de stabilité durable».

L’objectif ultime de ces préparatifs est l’organisation d’un sommet de haut niveau qui rassemblera, les ministres et les plus hautes autorités des trois pays. Ce dialogue de haut niveau devra aboutir à la signature d’un accord-cadre régional pour la gestion de la transhumance transfrontalière, un instrument juridique et politique qui permettra d’encadrer les flux pastoraux, de prévenir les conflits, et de transformer cette activité essentielle, en un vecteur de paix et de prospérité partagée.

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