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Transport: comment la main mise de l’État fragilise les transporteurs et menace la paix sociale

(Felix BEDA). Ils ont battu le rappel des troupes ce 30 juin 2026 au siège régional du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun. Sous la présidence de Raymond Moungang, les transporteurs, chauffeurs, mécaniciens, assistants chauffeurs, ou des syndicalistes ont dénoncé avec fermeté certaines dispositions du Décret du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transport routier, ainsi que ceux du Décret du 16 juillet 2025, portant transformation du Conseil national des chargeurs du Cameroun, en société à capital public. Ils ont par ailleurs tiré à boulet rouge sur certaines administrations, dont les pratiques tirent vers le bas la profession de transporteur. Lire le décryptage.

Suite à la concertation du 16 juin 2026 organisée par le Bureau national du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun (Sntrc), élargie aux présidents régionaux, aux présidents des plateformes syndicales des transporteurs et au Bureau de gestion du fret terrestre (Bgft), les syndicats des transporteurs, organisations socio-professionnelles et professions assimilés se sont réunis ce 30 juin 2026, à l’effet de restituer les conclusions desdits travaux à leur base. Mais également, de dresser un diagnostic sans appel de la condition du transporteur au Cameroun, des rapports des transporteurs avec les pouvoirs publics, et l’impact des textes réglementaires sur cette importante activité.

Points par points, les transporteurs, chauffeurs et autres acteurs du transport, ont examiné la problématique sur l’ingérence de l’État dans les activités du transport routier des marchandises, l’ingérence des chargeurs dans la profession de transporteur, les inquiétudes de ces acteurs autour du transport pour compte propre, le débat autour des caméras embarquées, les tracasseries routières (prévention routière, le transport hors gabarit et le transport exceptionnel, la pesée des camions citernes), ainsi que la problématique des coulages à la Société Camerounaise des dépôts pétroliers, agence de Bafousssam. « Nous sommes à une phase cruciale dans l’exercice de notre activité. Au fil des années, nous avons l’impression d’être incompris face aux menaces multiples qui tirent notre profession vers le bas, plombent l’économie nationale, fragilise la cohésion sociale et met en danger la coexistence pacifique avec les pays voisins », a déclaré Raymond Moungang, le Président de la représentation régionale pour le Littoral du Sntrc.

Les débats se sont cristallisés sur deux axes majeurs, parmi les problématiques examinées: l’impact négatif causé par le Décret du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transport routier, et les effets préjudiciables du Décret du 16 juillet 2025, portant transformation du Conseil national des chargeurs du Cameroun, en société à capital public.

Sur le Décret du Premier Ministre signé en 2022, les transporteurs routiers dénoncent une anomalie criarde, portant sur la création, à travers ce texte, d’une nouvelle catégorie de transporteurs: les transporteurs pour compte propre, qui ne figurent pourtant dans aucune disposition ou classification de la loi pertinente du 23 juillet 2001, régissant les professions de transporteur routier et d’auxiliaire de des transports routiers. En plus de provoquer un désastre économique au sein de la profession, car occupant désormais 50 % de ce secteur, le transport pour compte propre rame à contre courant de la typologie originelle des métiers du transport. « Le décret de 2022 vient sonner la fin du transporteur professionnel. Les chargeurs, nos clients, sont aujourd’hui autorisés à exercer comme transporteurs. Ils peuvent même transporter chez d’autres chargeurs. Chacun doit respecter ses charges et ses missions. Le chargeur doit conduire la marchandise chez le transporteur, et il appartient au transporteur de la conduire à bon port », fait observer Michel Blaise Tagne, vice Président national du Sntrc.

Concernant les discussions sur le Décret du Président de la République signé le 16 juillet 2025, il suscite une controverse générale et un rejet massif des transporteurs. Ces derniers fondent leurs arguments sur ce que l’article 11 al. 1 stipule que les ressources du Conseil national des chargeurs du Cameroun sont constituées du quart du produit généré par la délivrance des documents obligatoires de transport, notamment la Lettre de voiture internationale et la Lettre de voiture intérieure. Soit 25%. Une incongruité, selon les transporteurs, qui y voient un montage réglementaire grossier portant sur le financement d’une institution publique par le secteur privé. Par ailleurs, explique Jean Louis Mevoungou, Secrétaire général de la plateforme syndicale des syndicats et organisations socio-professionnelles des transporteurs routiers, « ce Décret foule au pied, les métiers du transport car le transporteur est fondamentalement différent du chargeur ». D’où le tollé retentissant observé au sein de la communauté des transporteurs.

Restant dans les dispositions du même Décret du 16 juillet 2025, l’article 20 du texte décrié, prévoit que le Conseil national des chargeurs du Cameroun continue d’exercer ses missions jusqu’à la mise en place effective de la société à capital public. Toute chose incompréhensible pour les transporteurs, car les prérogatives dévolues par le Cncc nouveau, sont déjà exécutées sur le terrain sans attendre la finalisation du processus de transition vers la société à capital public.

Plusieurs autres sujets considérés comme vecteurs de tensions ont été soulevés lors de la session de restitution de Douala: l’exclusivité accordée à un seul prestataire pourvoyeur de caméras embarquées dans les camions, les innombrables tracasseries administratives provenant de la police nationale, la gendarmerie nationale, la douane camerounaise, les agents du Ministère des transports, ceux du Ministère des travaux publics etc…., fortement décriés par Oumarou Sahabo, Président national du Syndicat des chauffeurs du transport routier du Cameroun.

Toutefois, les transporteurs et autres professionnels de ce secteur nourrissent l’espoir d’un sursaut républicain, d’une normalisation rapide afin d’éviter une disparition irréversible de cette activité, avec un impact catastrophique sous régional inévitable. Une évaluation de la mise en oeuvre des recommandations de la concertation de Yaoundé est annoncée pour la quinzaine de juillet 2026.

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