(Georges SEMEY). Le 21 octobre 2026, marque le douleureux anniversaire de la catastrophe d’Eseka. Ce jour, le train 152 de la Camail (Cameroon railways), bondé après la rupture du pont au lieu-dit Manyaï (Arrondissement de Matomb, Département du Nyong-et-Kelle), avait effectué un déraillement spectaculaire. Faisant officiellement 79 morts et environ 550 blessés. Une décennie après le 21 octobre 2016, le souvenir de ce drame demeure vif et certaines plaies quasi-béantes.
Il s’agit d’un lourd héritage traîné par le logisticien Italio-Suisse Msc, repreneur des actions Camrail depuis 2022. En effet, plusieurs dossiers restent en suspens ou inachevés. La question des indemnisations divise en effet les parties, notamment, leur montant jugé insignifiant par les collectifs des victimes, au regard de la tragédie vécue. Pourtant, l’ancien concessionnaire Bolloré via la société Camrail soutenait mordicus avoir réglé, à leur juste valeur, la grande majorité des dossiers d’indemnisation.
Le désaccord est pourtant profond avec les collectifs de victimes qui estiment que les sommes versées sont dérisoires et de nombreux rescapés et ayants droit ont contesté les protocoles d’accord. Ils dénoncent des indemnités ne représentant parfois qu’une infime fraction des préjudices corporels réels et des frais médicaux à long terme.
Autre contentieux, l’utilisation des fonds débloqués pour venir en aide aux victimes de cette catastrophe : une enveloppe de 1 milliard de FCFA offerte par la présidence de la République. La répartition de cet argent a suscité une vive controverse parmi les rescapés et leurs familles. Certains n’ayant reçu que des chèques marqués d’un faible montant provoquant leur colère et des soupçons de détournements. Les collectifs de victimes ont d’ailleurs sollicité un audit desdits fonds. En vain.
Relevons également que depuis le départ du groupe Bolloré, l’on observe un statu quo juridique sur les différentes affaires en contentieux. Par exemple, la condamnation pénale en première instance de Camrail en 2018 pour «homicide et blessures involontaires» n’a pas clos le volet civil en raison des multiples procédures d’appels lancées par l’entreprise.
Par ailleurs, le rachat des actifs de Bolloré par l’armateur Msc a installé un flou juridique épais sur la continuité des obligations et de la responsabilité civile face aux nouvelles actions en justice intentées par les familles des victimes.
Reste encore, la délicate affaire des corps disparus. Des familles de victimes affirment fermement que certaines personnes décédées lors de cet accident n’ont jamais été retrouvées ou ont été enterrés de manière anonyme sans identification formelle (faute de tests Adn systématiques), compromettant sérieusement la clôture légale de leurs droits de succession et la réalisation de leur deuil.
L’on abordera aussi le contentieux social et les promesses non tenues de l’État, Au niveau local, la commune d’Eséka exprime aujourd’hui une vive frustration face aux engagements non respectés par les autorités camerounaises, malgré la construction d’une stèle aujourd’hui fermée au public, car ayant subi des actes de vandalisme. Rappelons surtout que le Gouvernement s’était engagé à construire un hôpital de district doté d’un plateau technique moderne pour traiter les traumatismes. Que nenni.
Des points noirs dans le portefeuille du repreneur Msc, qui prend rarement position sur ce dossier brûlant légué par l’ancien concessionnaire Bolloré.

