7 mai 2026

Révision de la Constitution: René Ze Nguele, l’octogénaire qui fait le lit de l’opposition

(Felix BEDA). Alors que le débat sur la nomination d’un vice-président ne cesse d’enfler, au sein du parti au pouvoir, l’on est toujours perplexe quant aux déclarations inattendues de René Ze Nguele. Sa sortie de piste lors des joutes parlementaires en prélude à la modification de certains articles de la constitution du Cameroun, sonne au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, comme une opposition opportune à la vision de démocratisation et de consolidation des institutions par le président de la république. En s’érigeant contre ce projet de loi, le sénateur de l’Est a démontré sa déloyauté, et son rejet du projet porté par le chef de l’État.

Sénateur à la chambre haute depuis 2018, et doyen d’âge du sénat, René Ze Nguele est l’une des élites politiques de la région du soleil levant portée par le président de la république. Il a par conséquent occupé plusieurs postes de responsabilité supérieure d’État. Entre autres, ministre de la fonction publique de 1984 à 1987, président du conseil d’administration de l’Irad (Institut de recherche agricole pour le développement), en 2018, ministre de la fonction publique et de la réforme administrative de 2000 à 2004. Preuve de la haute confiance placée en lui par le président de la république, S.E Paul Biya.

Sa récente sortie à l’occasion des opérations de vote relatives à la révision de certains articles de la constitution, paraît dès lors étonnante et contre toute attente. « …..La précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme-là est suspecte. La manipulation des institutions, des scrutins est une maladie qui tue les États africains. Si ce vice-président doit être nommable et révocable à merci et à souhait, ça veut dire qu’il n’est pas utile et nécessaire. Il faut une stabilité au niveau de l’exécutif, mais cette stabilité mais cette stabilité ne s’obtient pas avec le caractère mouvant de l’homme qu’on appelle au secours…..La précipitation est à son comble alors qu’il s’agit d’un sujet d’une grande importance », a affirmé le Sénateur devant ses camarades de parti médusés.

En une dizaine de minutes, René Ze Nguele a pris une position étonnante contre son propre parti politique (Rdpc), et son président national, par ailleurs président de la république. Avant d’être coupé après avoir largement dépassé son temps de parole, au profit de l’honorable Roger Nkodo Dang. Après ce qui peut légitimement être considérée comme une malheureuse sortie de route, plusieurs questions fusent désormais: le patriarche René Ze Nguele jouit-il encore de toute sa loyauté aux idéaux du Rdpc? Est-il le porteur d’une opposition au sein du parti au pouvoir ? Dispose-t-il d’un dessein caché ? Sa position traduisait-elle sa volonté de faire échec au vote de la révision? etc….

Une seule certitude de dégage: le sénateur de l’Est s’est révélé être un rebelle de la 25ème heure au sein du parti politique et du pouvoir qui l’a pourtant grassement choyé pendant des décennies. Ramant à contre-courant de la discipline du parti au pouvoir, et apportant un soutien inattendu à l’opposition, bien que minoritaire. Il s’agit dès lors d’un trublion gênant dont les nouvelles idées fragilisent la construction démocratique et institutionnelle du Cameroun. Surtout, Rene Ze Nguele va outrageusement à l’encontre de la vision du chef de l’État.

Comme le traduisent derechef la suite de ses propos: « quand on ne peut pas porter un fardeau seul, on demande au frère de venir l’aider. La.demande (révision, ndlr) a été faite, mais elle devait être faite dans les normes. (….). Quand les dirigeants empiètent sur les activités du peuple, ça pose problème. On n’a plus de démocratie. Cette réforme me pose problème. Est ce que le fait de donner un vice-président au président actuel méritait la convocation d’un congrès, si ce vice-président doit être nommable et révocable (….), ça ne peut pas aller, il y’a quelque chose qu’on cache. Le texte est à reprendre et nous l’étudieront à tête reposée. Si on a un vice-président à vocation de succession, qu’il soit stable (….). », a poursuivi le Sénateur.

Au moment où le Cameroun entame une période capitale de son évolution politique, toute velléité contraire à la modernisation de ses institutions émanant du parti au pouvoir, devrait être considérée comme un parjure. Le Sénateur René Ze Nguele peut légitimement désormais être considéré comme un loup dans la bergerie. Un véritable danger pour la cohésion du Rdpc, et un plomb dans l’aile de la grande vision politique du président national du Rdpc pour le Cameroun.

Il est désormais question de tirer les leçons de cette imposture géante du parlementaire, diffusée en mondovision. René Ze Nguele sera-t-il sanctionné par son parti ? En d’autres termes, sera-t-il traduit devant le conseil de discipline du Rdpc? Sera-t-il poussé vers la sortie au profit de son suppléant ? En attendant de voir clair dans la suite à donner, au sein du parti au pouvoir, le Rdpc, l’on est encore profondément choqué et marqué par cette sortie rocambolesque. À suivre. Entre temps, la nouvelle constitution du Cameroun a été promulguée par le Président de la République, le 14 avril 2026,

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