Secteur de l’énergie: le Cameroun obligé de racheter les parts d’Actis à 78 milliards de FCFA
(Georges SEMEY). Mauvaise qualité de service, tension avec les consommateurs, insuffisance des investissements de production, mauvaise exploitation etc….Ce sont quelques raisons évidentes qui ont justifié l’acquisition de 51% des actifs du fonds d’investissemnt Britannique par le gouvernement camerounais, ce 19 novembre 2025.
Les deux signatures apposées sur la liasse documentaire scellent définitivement la nationalisation de l’entreprise Eneo (Energy of Cameroon), au détriment du Britannique Actis. Louis Paul Motaze et Gaston Eloundou Essomba, respectivement ministre des finances et ministre de l’eau et de l’énergie, ont ainsi acté le rachat de 51% des parts détenues par le fonds d’investissements British, portant à 95%, le total des actions de l’État du Cameroun.
Aux côtés des deux membres du gouvernement camerounais, la présence remarquable d’Amine Homman Ludiye, l’actuel directeur général d’Eneo Cameroon. « Cette transaction s’inscrit dans une dynamique portée par les orientations stratégiques de la politique du Président de la République, Son Excellence Monsieur Paul Biya », « il s’agit d’une décision inspirée par sa haute vision, qui marque une nouvelle ère marquée par la modernisation du réseau, la réduction des pertes, l’amélioration du service pour les ménages et les entreprises, un meilleur pilotage des investissements énergétiques », apprend-on du communiqué conjoint signé ce 19 novembre, par les deux ministres, ainsi que d’une source proche de ce dossier.
Rappelons que la valeur du rachat des parts d’Actis par le Cameroun est estimée à 78 milliards de FCFA et permettra au gouvernement de renforcer sa souveraineté dans l’électricité, un secteur vital pour l’économie nationale. Pour Louis Paul Motaze et Gaston Eloundou Essomba, cette acquisition est en effet le signe du renforcement de la souveraineté économique du Cameroun, la consolidation des capacités nationales dans le secteur de l’électricité, et la garantie d’une gouvernance cohérente des entreprises d’intérêt stratégique. « Il s’agit d’un choix structurant et porteur d’avenir. Il marque une nouvelle étape, porteuse d’ambition et de défis pour l’opérateur historique qu’est Eneo », rassurent les ministres des finances et de l’eau et de l’énergie, dans leur communiqué conjoint.
Si les enjeux de maîtrise de la souveraineté énergétique sont mis en avant par le gouvernement camerounais, il n’en demeure pas moins que plusieurs questions fusent au lendemain de cette opération. Notamment celles relatives au nouveau statut de l’entreprise et aux droits sociaux du personnel. À ces sujets, les deux ministres ont levé un pan de voile, au regard des développements qui pourraient découler suite à l’acquisition de ces actifs désormais publics à près de 100%: « Cette opération n’entraîne aucune modification du statut ou des droits du personnel de Eneo. Nous les exhortons à continuer à oeuvrer avec la même détermination et le même professionnalisme pour le développement de Eneo et l’amélioration du service public de l’électricité », rassurent ces derniers.
Rappelons qu’Eneo Cameroon dispose de 63% de capacités installées du pays. Son réseau de distribution s’étend sur 18.500 km de lignes moyenne tension, et 18.000 km de lignes basse tension. Avec environ 3.759 employés, 2,2 millions de clients (ménages et entreprises), soit environ 20 millions de Camerounais, au premier trimestre 2025, l’entreprise compte environ 1 millions de clients abonnés au système prépayé. Ce qui représente un taux d’environ 40 % d’électrification au Cameroun.
Pourtant, le Cameroun hérite d’une entreprise plombée par une importante dette. Qui s’élèverait à 800 milliards de FCFA, dont 500 milliards de FCFA dus aux fournisseurs, des emprunts, des dettes de location acquisition, une dette circulante Hao, des dettes fiscales et sociales etc….Autres plombs dans l’aile de l’entreprise rachetée, les constantes récriminations portant sur les délestage du courant électrique dans les ménages et les entreprises. Ce qui pose la problématique de l’outil de production sur lequel s’adosse l’entreprise, dont le réseau est constitué de trois (3) source de production: 73,30% d’hydraulique, 26,66% de thermique et 0,04% de solaire.
Eneo exploite par conséquent un parc composé entre autres des barrages hydroélectriques de Songloulou (384 Mw), Edea (276 Mw), Lagdo (72 Mw), Mbakaou, Bamendjin et Mapé, des barrages réservoirs.
Le réseau des centrales thermiques est constitué des centrales thermiques de Yassa-Dibamba, Bassa, Limbe, Bafoussam, Oyomabang et Log baba, ou encore la centrale à gaz de Kribi. L’entreprise a également développé des centrales hybrides (solaire-thermique) dans des localités isolées comme Djoum, Lomié, et Garoua Boulai, ainsi que des parcs solaires à Guider et Maroua. Ajoutés à une quarantaine de groupes électrogènes disséminés sur tout le territoire, de petites centrales isolées pour alimenter des localités non connectées au réseau principal.
Par ailleurs, l’État du Cameroun devra se pencher sur la problématique des impayés de l’État et de certains de ses démembrements (186 milliards de FCFA milliards de FCFA, d’après David Grylls, dirigeant d’Actis, dans une correspondance adressée en avril 2023, au premier ministre Joseph Dion Ngute), et le remboursement de l’emprunt de 100 milliards de FCFA obtenu auprès des banques locales pour le financement des investissements. Toutefois, le top management sortant d’Eneo avait mis en place un plan de trésorerie qui intègre le recouvrement des impayés, et le refinancement de la dette existante.