Secteur privé: 289 entreprises locales cumulent des pertes estimées à 202,2 milliards de FCFA dues à la crise post-électorale
(Félix Beda). À contrario, les pertes fiscales immédiates enregistrées par l’État du Cameroun, se chiffrent à environ 43,3 milliards de FCFA. Trois secteurs supportent lourdement cet énorme manque à gagner: l’hôtellerie et la restauration (-53,4%), la construction (-44,6%), l’industrie et l’énergie (-39,8%). Lire le décryptage du rapport rendu public par le Gecam, le Groupement des entreprises du Cameroun.
Le groupement des entreprises du Cameroun du Cameroun (Gecam) a récemment publié une analyse sur la crise post-électorale au Cameroun, en posant un diagnostic du contexte, mettant en évidence les conséquences immédiates et en proposant les leviers de la relance économique. Sous la forme d’un rapport d’évaluation et de plaidoyer, l’analyse du Gecam est découpé en trois (3) phases: une montée des tensions observée du 12 au 25 octobre 2025, l’intensification des troubles entre le 26 et le 30 octobre, et une forte perturbation des activités économiques à travers les opérations « villes mortes », du 3 au 5 novembre 2025 et au-delà. « Ces dynamiques ont engendré une désorganisation notable de l’activité économique nationale, avec une intensité particulière dans les régions du Littoral, du Grand nord, du Sud-ouest, de l’Est et de l’Ouest », indique le Gecam dans son rapport.
Face à ce dérèglement, il apparaît dans cette analyse que 94% des entreprises interrogées déclarent avoir été affectées directement ou indirectement par ces événements. Ce, suite à des perturbations des chaînes d’approvisionnement, un ralentissement de la demande, l’interruption des flux logistiques, la fermeture temporaire ou prolongée des entreprises, une baisse de la fréquentation etc….Provoquant une instabilité économique, un choc économique d’ampleur sur les entreprises, ou « mettant en évidence des vulnérabilités structurelles différenciées, ainsi que des capacités de résilience inégales », diagnostique le groupement patronal dans son rapport.

Concrètement, les entreprises du secteur privé camerounais ont subi une contraction moyenne de leur chiffre d’affaires (33,5%), correspondant à une perte sèche directe estimée à 202,2 milliards de FCFA (soit environ 0,6% du Pib 2025), dont 160,5 milliards de FCFA supportés par Douala, la capitale économique. Emportant un impact négatif sur les finances publiques, dont le manque à gagner fiscal immédiat se chiffre à environ 43,3 milliards de FCFA. Principalement, au titre de la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) et de l’impôt sur les sociétés (Is).
La note du Gecam ressort ainsi les secteurs les plus impactés: l’hôtellerie et la restauration (-53,4%), la construction (-44,6%), l’industrie et l’énergie (-39,8%). Rappelons que ce sont 289 entreprises membres et non-membres du Gecam, et 11 organisations socio-professionnelles, qui ont été sondées dans le cadre de cette enquête, représentant un poids économique estimé à 4825 milliards de FCFA. 78% des entreprises enquêtées sont implantées dans la ville de Douala, soit 67% du chiffre d’affaires national. Le découpage est constitué de 56% de petites et moyennes entreprises, 28% de très petites entreprises et 16% de grandes entreprises. Couvrant les secteurs de production (26%), des échanges (27%) et des services (47%).

Sur les perturbations logistiques, le Gecam constate une une hausse des coûts suite au blocage des flux logistiques affectant particulièrement l’agriculture (86%) et l’industrie (74%). Mais également, une poussée inflationniste significative, avec un taux moyen de 20,1% observé par les entreprises, atteignant 32,5% dans le secteur agricole. Par ailleurs, la crise a provoqué dans ce registre, un arrêt total d’activités (75% des entreprises).
Logiquement, ce dérèglement a provoqué de lourdes pertes financières et un manque de liquidités. 44 % des entreprises ont déclaré ne plus être en mesure d’honorer leurs obligations fiscales, leurs charges sociales (45%), et leurs échéances bancaires (40%). Au total, 30% des entreprises appartenant à l’échantillon sondé indiquent une « incapacité simultanée à faire face à ces trois catégories d’engagements, faisant poser un risque significatif sur la continuité de l’activité économique formelle », ressort le Gecam.

Cette période mouvementée a, comme on pouvait s’y attendre, débouché sur de graves conséquences sociales. La pression sociale a ainsi conduit à la réduction des effectifs par 17,3% des entreprises citées, alors que 56% déclarent une dégradation notable du climat social et du fonctionnement interne. Par ailleurs, et concernant la perception du climat des affaires, 81% des entreprises qualifient la situation de « fragile, critique ou très préoccupante. Dans ce contexte, le moral des dirigeants apparaît fortement affecté ». Sentiment de pessimisme ou de détresse quasi-généralisé (39%), atteignant la barre de 50% dans le secteur de l’hôtellerie et la restauration.
Au terme de ce rapport, le Gecam a formulé des recommandations stratégiques afin de ramener les indicateurs au vert, de façon durable, et stimuler la relance économique: les mesures fiscales qui constituent 72% des doléances des entreprises (allègements ciblés, moratoire sur les contrôles, report des échéances etc….), un soutien financier qui constitue 51% des requêtes (mobilisation des mécanismes de financement, subventions et lignes de crédits avec une attention particulière sur les très petites entreprises (63%), la réhabilitation des outils de production endommagés et le renforcement de la sécurisation des zones économiques dans le secteur des infrastructures et de la sécurité (46% et 45%), ainsi que des mesures d’apaisement logistique (suspension temporaire des contrôles routiers sur les principaux corridors). Relevons que l’enquête du Gecam s’est étendue du 6 novembre au 2 décembre 2025.