Sommet extraordinaire de la Cemac: la rumeur dévalue le Franc CFA, la Beac apporte des éclairages
(Georges SEMEY). Depuis l’annonce de cette rencontre de haut niveau qui aura lieu à Brazzaville au Congo, le 22 janvier 2026, les chaumières abondent de supputations sur un possible ajustement monétaire dans la zone Cemac. Ce, au regard des signes et indicateurs peu rassurants dévoilés par le comité de politique monétaire de la Beac en décembre 2025: ralentissement de la croissance (2,4%), dégradation du solde du compte courant (-2,9% du Pib), baisse des réserves de change (4,2 mois d’importations de biens et services) etc….
C’est en effet à Brazzaville au Congo, le 22 janvier 2026, que se tiendra un sommet extraordinaire des chefs d’État de la communauté économique et monétaire des états de l’Afrique centrale (Cemac). Sommet extraordinaire convoqué par le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, en sa qualité
de président en exercice de la Conférence des chefs d’État de cette institution communautaire.
Alors que certains s’interrogent déjà sur cette concertation de haut niveau quatre mois seulement après la tenue de la précédente session ordinaire déroulée en septembre 2025 à Bangui en Centrafrique, beaucoup y voient un sommet extraordinaire convoqué sous la pression des indicateurs macroéconomiques alarmants de la zone. Des indicateurs mitigés qui requièrent de mesures fortes. Les plus pessimistes tablent sur possible dévaluation du Franc CFA après celle intervenue en 1994. Cette hypothèse semble être confortée par les analyses et perspectives effectuées par la Banque des États de l’Afrique centrale, Beac, le.15 décembre 2025, au terme de la quatrième session de son comité de politique monétaire.
Yvan Dans Bangui, le gouverneur de la Beac, prévoyait dans le communiqué final de de cette session, une baisse des réserves de change, passant en un an, de 2,6% à 6377,3 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. Soit 4,2 mois d’importations de biens et services. Une baisse significative comparée en glissement annuel avec les prévisions de 2024, sous la même période. Le stock de réserves de change se situait à un taux de 4,9%. D’après les données de la Beac, le taux de couverture extérieur de la monnaie se fixe, fin 2025 à 67,0%, contre 74,9% à la même période 2024. Soit un recul inquiétant de 7,9%. Suffisant pour susciter des inquiétudes.
Mais pour la Beac, il n’en n’est rien. Les supputations sur une possible dévaluation du Franc CFA, relèvent de l’irréalisme. Dans un communiqué publié ce 16 janvier 2025. « Le Franc CFA reste solide et aucun ajustement monétaire n’est à l’ordre du jour. Contrairement à certaines rumeurs infondées, circulant sur les réseaux sociaux. Notre monnaie, garantie de la coopération avec la France et soutenue par des réserves de change confortables, reste stable et convertible », rassure Yvan Sana Bangui.

Au terme du comité de politique monétaire du 15 décembre 2025, certains indicateurs clés étaient en effet positifs et contrariaient les éléments négatifs, au niveau sous-régional: une légère amélioration du solde budgétaire, base engagement, hors dons (-1,4% du Pib), contre -1,6% du Pib en 2024, une augmentation de la masse monétaire de 5,1% à 21.997,7 milliards de FCFA à fin décembre 2025, et la maîtrise du taux d’inflation sous la norme communautaire à 2,2% contre 4,1% en 2024. Toutefois, la zone reste assujettie à quelques défis à relever sur certains indicateurs. Notamment et d’après les mêmes statistiques de la Beac, le relèvement du taux de croissance qui a ralenti fin 2025 à 2,4% (2,7% en 2024), et la stabilisation ou l’amélioration du compte courant, dons officiciels compris, à 2,9% du Pib (0,3%% du Pib en 2024). En plus de la dégradation du taux de couverture extérieur de la monnaie.
« Les fondamentaux économiques de la Cemac, bien que marqués par des défis, ne justifient en rien une telle mesure », insiste le gouverneur de la Beac. Qui a d’ailleurs révélé le 15 décembre 2025, les premières mesures prescrites par le comité de politique monétaire: un relèvement du taux d’intérêt des appels d’offres de 4,50 à 4,75 %, le relèvement du taux de la facilité de prêt marginal de 6,00 à 6,25%, le maintien du taux de la facilité de dépôt à 0,00%, ainsi que le maintien des coefficients des réserves obligatoires à 7,00 % sur les exigibilités à vue et 4,50% sur les exigibilités à terme.
Notons que le dernier sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cemac s’est tenu le 16 décembre 2024 à Yaoundé, sous le thème «Évaluation de la situation et perspectives économiques, monétaires et financières de la Cemac: mesures de consolidation de la résilience». Au total, 20 résolutions avaient été prises par Paul Biya, le président du Cameroun, qui accueillait le sommet, et ses homologues. Résolutions dont les principales portaient sur la consolidation budgétaire en discussions avec les partenaires techniques et financiers, l’application intégrale de réglementation des changes (rapatriement des devises), l’accompagnement du Fmi, de la Banque mondiale et autres partenaires techniques les États de la Cemac et la Beac dans le processus de rapatriement et de consolidation des produits pétroliers, la réaffirmation de l’indépendance de la Beac, la Cobac et autres institutions communautaires, maîtrise des risques bancaires etc….
de Brazzaville viendra assurément conforté ces mesures drastiques, asseoir de nouvelles mesures de souveraineté réservées aux chefs de l’État.