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Tensions: manipulation par des non-transporteurs, incident de Meiganga, fermeture des postes de contrôle de Roblin et Nandeke, contrôles routiers illégaux ou abusifs, transport routier clandestin…le ras-le-bol des transporteurs

(Ripostes avec le Sntrc). Suite à la concertation tenue ce 15 janvier à Douala, les membres de la plateforme des organisations socioprofessionnelles des transporteurs routiers du Cameroun ont égrené un chapelet de maux qui minent leur secteur et proposer des pistes de solutions pour sortir des promesses non-tenues vers une redynamisation du transport terrestre au Cameroun. Lire le rapport complet que vous propose en exclusivité le site Ripostes.

LA PLATEFORME DES ORGANISATIONS SOCIOPROFESSIONNELLES DES TRANSPORTS ROUTIERS DU CAMEROUN

BILAN 2025 ET PERSPECTIVES 2026

Douala le 15 janvier 2026

CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Un incident parti d’une altercation entre un camionneur et un gendarme, a généré une perturbation de grande ampleur de la circulation sur l’axe routier Meinganga-Garoua-Boulaï, au lieu-dit Lokoti, le 4 décembre dernier. Face à l’ampleur du blocage, qui a dégénéré en mouvement de contestation massif des conducteurs routiers, le Gouverneur de la Région de l’Adamaoua, accompagné du préfet du Mbéré, s’est déplacé pour tenter de résoudre la crise. Parmi les mesures annoncées, la fermeture de deux postes de contrôle controversés, ceux de Roblin et Nandeke.

Malgré ces concessions, les conducteurs de camions ont maintenu leur position et refusé de lever le barrage pendant quatre jours, menaçant ainsi de provoquer des pertes financières et sociales importantes. De nombreux camions transportant des denrées périssables-denrées alimentaires fraiches et productions agricoles, susceptibles d’engendrer une rupture des chaines d’approvisionnement des autres régions sur cet axe routier débouchant au Tchad.

Bien plus, les transporteurs interurbains de personnes desservant le Septentrion et de nombreux autres usagers se sont retrouvés prisonniers, malgré eux, de cette situation déplorable, de même que les transporteurs étrangers qui utilisent nos corridors pour leurs échanges commerciaux au niveau international.

1- REVENDICATION

A- Les contrôles routiers illégaux ou abusifs

Au-delà de l’incident ponctuel, les TRANSPORTEURS (terme générique qui permet de qualifier à la fois le conducteur de camion et le propriétaire), dénoncent ce qu’ils qualifient de système généralisé d’extorsion sur nos axes routiers. Des sommes importantes sont régulièrement exigées à chaque point de contrôle, créant un climat d’exaspération.

En effet, le réseau routier est jalonné de points de contrôles qui, sous le couvert de missions régaliennes de sécurité et de conformité, sont devenus le théâtre d’une corruption endémique et d’un rançonnement systématique des usagers.

Le véritable scandale réside dans l’économie parallèle qui s’est développée autour des points de contrôle mixtes, dont l’existence est justifiée par un faisceau de textes juridiques (Code de la route, Code des Douanes, arrêtés préfectoraux, etc.), mais leur fonctionnement dévoyé viole l’esprit de loi et des conventions inter-Etats signées entre le Cameroun et les pays voisins dépourvus de façades maritimes.

Les usagers, légitimes détenteurs de documents conformes, se voient parfois contraints de payer pour éviter des retards ou des tracasseries administratives arbitraires. La mission de sécurisation et de maintien de l’ordre est ainsi pervertie en une opportunité de rançonnement.

B- La persistance du transport routier clandestin

Malgré la création du Comité National de Lutte contre le transport routier clandestin, placé sous la présidence du Ministre Secrétaire des Services du Premier Ministre, force est de constater que ce phénomène, qui prive l’Etat de ressources importantes et crée une concurrence déloyale aux professionnels, continue de se déployer en toute impunité, encouragé par ceux-là mêmes qui sont censés le combattre.

C- L’accroissement incessant des charges d’exploitation de l’activité de transporteur en inadéquation avec la réalité économique ambiante

Chaque jour nous assistons avec effarement à l’instauration de nouvelles charges dans l’exploitation de l’activité de transporteur. Les prix de transport pratiqués sont en perpétuelle baisse (eu égard au contexte économique ambiant), et ne permettent pas d’assurer la compétitivité des entreprises du secteur.

La dernière trouvaille en date est l’obligation d’installation d’un système de gestion et du suivi centralisé du transport interurbain, entré en vigueur le 15 juillet dernier, suivant instruction du ministre des Transports pour les opérateurs effectuant le transport interurbain des personnes, des produits divers ou dangereux, notamment les produits des carrières, les hydrocarbures ou tout autre produit.

Il est à noter que nous ne doutons ni de l’intérêt, encore moins de l’efficacité de ce système qui vise à renforcer les mesures de sécurité routière. Cependant, pour une mise en œuvre sereine et totale, il convient d’asseoir au préalable le mécanisme de prise en charge du coût lié à l’installation de ce dispositif par les Assureurs, tel que convenu dans les concertations initiales.

D- Une faible couverture sociale des travailleurs du secteur

L’extension de la convention collective demeure source de préoccupation constante pour une bonne partie des travailleurs routiers, afin de garantir un accès équitable à des conditions de travail plus avantageuses, aux prestations de sécurité sociales et à une meilleure couverture des accidents professionnels.

MANIPULATION

Parti sur une base légitime, le constat immédiat a tôt fait de trahir une manipulation insidieuse, entretenue par des éléments externes à la corporation.

En effet, s’il est établi que par essence, les organisations d’employeurs œuvrent pour la protection des intérêts de leurs membres et que les syndicats de travailleurs ont vocation à lutter pour l’amélioration des conditions de travail et de vie de leurs mandants, la crise de Meiganga, semblait manifestement ne pas respecter cette logique.

Les organisateurs du mouvement semblaient opérer dans l’ombre, sans représentants clairement identifiés sur le terrain, ce qui a considérablement compliqué les négociations. Les demandes formulées par les camionneurs semblaient disproportionnées par rapport à l’incident initial, trahissant ainsi les véritables motivations qui manifestement n’étaient, ni professionnelles, ni syndicales.

Malgré les instructions données à nos collaborateurs syndicaux, parmi les plus représentatifs sur le terrain, les chauffeurs de camions n’obéissaient plus à personne. Après trois jours d’immobilisation complète et face à l’échec des tentatives de dialogue, des mesures appropriées ont été prises par le gouvernement pour libérer la voie publique et rétablir la circulation.

Les actes posés ont permis de restaurer l’autorité de l’Etat et celle des syndicats. A date, le calme et la sérénité sont de mise. Toutes choses qui nous confortent dans la promesse que nous avons faite au CHEF DE L’ETAT, à savoir que le calme sera observé, avant, pendant et après les élections.

PROPOSITIONS DE SOLUTIONS DURABLES

1- La rationalisation des contrôles routiers

2- Le respect des mesures de facilitation (LVI, Vignette, Sauf-conduit international) ;

3- Pour ce qui est du transport des marchandises en général et en transit en particulier, le contrôle devrait s’opérer uniquement dans les check-points conventionnels; (contrôle de l’état technique des véhicules et s’assurer que le véhicule est en règle vis-à-vis de l’administration des transports d’une part, et de l’administration fiscale d’autre part) ;

4- L’extension de la Convention Collective du secteur ; chaque partie devant désormais jouer pleinement son rôle ;

5- L’amélioration du réseau routier, notamment dans les corridors de transit et les routes nationales majeures ;

6- L’amélioration des infrastructures et des conditions de pesée (instruments de pesée et mécanismes de délestage) ;

7- Par requête adressée au Président de la République le 3 novembre 2022, nous formulions le vœu d’une relecture du Décret n°2022/8801/PM du 10 octobre 2022, fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire des transports routiers. En effet, de manière insidieuse, ce texte crée une catégorie de transporteur qui n’existe pas dans la typologie originelle des professionnels de ce secteur d’activité, et ouvre la porte de la profession de transporteur routier aux intervenants qui n’en ont pas la qualité et auxquels l’accès est purement prohibé. Au-delà de l’illégalité, il convient également de relever que le transport pour compte propre donne libre cours au monopole et au dumping, deux pratiques réprimandées par la loi. De même, la mise à l’écart du sacro-saint principe de réciprocité qui régit les relations internationales dans ledit décret, fragilise les nationaux dans ce secteur d’activités névralgique pour l’économie nationale. Enfin, la création récurrente des sociétés écrans renforce davantage l’idée collusive de l’existence de pratiques anti-concurrentielles exercées par le gouvernement avec la validation de ce concept nouveau pour favoriser de manière déloyale des acteurs économiques qui ont une position dominante de par leur statut d’origine. A défaut de dissimuler un vaste réseau de blanchiment d’agent. Nous sollicitons que le Décret du Premier Ministre ci-dessus rappelé, soit rapporté, si non suspendu d’effets.

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