Climat social: les transporteurs maintiennent la pression
(Georges SEMEY). Après la concertation entre le gouvernement et la plateforme des organisations socio-professionnelles des transports routiers du Cameroun, ayant abouti à une levée du mot d’ordre de grève à compter du 24 août 2026, les discussions se poursuivent en comités restreints. Les transporteurs et professionnels assimilés ont d’ailleurs été reçus, selon de sources dignes de foi, à la Primature, pour une séance de travail.
Notons que parmi les revendications formulées par les points relevés par les signataires du mot d’ordre de grève du 5 août 2026, figure celui portant sur l’application du décret décret du décret du premier ministre, n°2022/8801/Pm du 10 octobre 2022, qui légalise le transport pour compte propre, qui pour les syndicats, est considéré comme « illégal », et « cheval de bataille de la plateforme ». Les transporteurs dénoncent les dispositions dudit décret permettant aux industriels et grands chargeurs (tels que les marketeurs, la Scdp, Total etc….) d’assurer eux-mêmes leurs transports.
« Les Leaders syndicaux de la plateforme des organisations socio-professionnelles de transports routiers du Cameroun rappellent avec pertinence que ce décret viole la loi supérieure n°2001/015 du 23 juillet 2001, qui ne reconnaît nullement cette modalité. Cette concurrence déloyale casse les prix, interdit tout amortissement du matériel et détruit l’économie des transporteurs professionnels », indique Pierre Ella, économiste et expert métier. Cette question, et bien d’autres ont été abordés par les acteurs du transport routier, à la primature.
La primature est également interpellée sur l’application du décret d’extension de la convention collective nationale du secteur des transports routiers, qui, selon les transporteur, « est bloqué dans les services du premier ministre ».
Mais auparavant, trois jours après la grande concertation gouvernement-transporteurs du 23 août à Yaoundé, la base se mobilise, le Sntrc antenne Littoral, conduit par son président régional Moungang, a réuni ses militants le 26 août 2026 à Douala. À l’ordre du jour, la présentation détaillée des 13 résolutions consensuelles obtenues grâce au dialogue social, et les échanges sur la stratégie à adopter pour leur mise en application effective sur le terrain.
Devant ses camarades, le président Raymond Moungang a tenu à faire l’économie de la rencontre de Yaoundé: « il est très opportun et nécessaire qu’aussitôt retourné à ma base, que je partage avec mes camarades, ce qui a été dit lors de cette réunion avec le gouvernement. Nous avons lancé un préavis de grève dans le cadre de la plateforme, notre président national a reçu mandat de signer ce préavis. C’est ce qui justifie ma réunion d’aujourd’hui», a-t-il expliqué
Les 13 résolutions consensuelles présentées à la base
Le cœur de la réunion de Douala a été la présentation point par point des 13 résolutions qui ont permis la levée du mot d’ordre de grève du 24 août, et la stratégie à adopter pour leur mise en application. Raymond Moungang a particulièrement insisté sur: la relance, en 24h, du décret d’extension de la convention collective nationale du secteur des transports routiers, bloqué dans les services du premier ministre, la fin des contrôles anarchiques, la prise en compte spécifique des tracasseries dans le nord-ouest, sud-ouest et est a été actée, l’arrêt de la pesée des camions citernes dans les stations de pesage, et l’application en 24h de l’arrêté du 13 février 2024 du ministre du commerce fixant les procédures de chargement/déchargement dans les dépôts pétroliers, la mise sur pied d’un cadre permanent entre la Scdp, le port autonome de Douala, le port autonome de Kribi et les syndicats des chauffeurs, la suspension des pèses essieux mobiles sur l’axe Edéa-Kribi, et l’obligation que les contrôles de gabarit se fassent exclusivement dans les stations de pesage où toutes les administrations sont représentées.
Appel à la vigilance et sus aux polémiques
Au-delà de la présentation, les échanges ont porté sur la stratégie à adopter. «Durant les échanges nous avons démontré aux camarades que cela n’a pas été facile. Il s’agit pour nous de lutter pour l’application de ces différents points. Ensemble, nous avons pensé aux stratégies pour l’application de chaque point», a souligné Raymond Moungang.
Concrètement, le Sntrc Littoral a décidé de mettre en place des équipes de veille par axe, chargées de relever toute violation des résolutions, notamment le maintien de postes de contrôle illégaux ou la perception d’amendes forfaitaires par la prévention routière, désormais interdite. Le syndicat entend aussi saisir formellement la Scdp, le Pad et le Pak pour l’opérationnalisation immédiate du cadre de concertation. Face aux moqueries et aux accusations de certains acteurs se réclamant transporteurs, selon lesquelles les leaders auraient « pris de l’argent pour lever la grève », Raymond Moungang se veut ferme: «figurez-vous que de telles réunions ont toujours eu lieu et après les résolutions ne sont pas respectées. Cette fois, nous avons réitéré au gouvernement que nous ne nous laisserons plus berner comme par le passé. Nous balayons du revers de la main, toutes les allégations selon lesquelles nous avons pris de l’argent pour lever la grève. Toutes ces attaques visent à ternir l’image de notre plateforme. Nous sommes déterminés à faire respecter ces résolutions».
Un message clair : la grève a été levée grâce au dialogue social, mais son application sera surveillée au quotidien par la base du Littoral.