(Olivier NDICKA). Amine Hommann Ludiye, le directeur de cette entreprise a indexé de façon raide les pouvoirs publics (État central, collectivités territoriales décentralisées, entreprises et établissements publics….), dans le dernier rapport du bilan annuel 2024 d’Eneo. Selon le manager, ces entités ne se pressent pas de s’acquitter de leurs factures, malgré des rounds de pourparlers, des acomptes de paiement constatés et un processus de rachat quasi-finalisé. Récit.
Quelle sera la situation de la trésorerie de l’entreprise Eneo au moment du passage de témoin à l’État du Cameroun qui a annoncé récemment l’acquisition de 51% des parts détenues par le fonds d’investissements Britannique Actis, au sein d’Eneo ? C’est la principale interrogation qui taraude les esprits à la veille de la conclusion de cette importante transaction, au regard de la cartographie des miltiples créanciers du concessionnaire, parmi lesquels l’État du Cameroun, qui pourtant est désormais acquéreur de 95 % de son capital social.
Amine Hommann Ludiye semble enfoncer le clou dans une récente sortie contenue dans le rapport du bilan annuel 2024 d’Eneo (Energy of Cameroon). L’actuel directeur général, dresse une véritable autopsie des finances de la principale entreprise en charge de la production et la distribution de l’énergie électrique. L’ardoise réclamée à l’État du Cameroun et ses différentes entités, se chiffrait à la somme de 186 milliards de FCFA, d’après les données exprimées par David Grylls, dirigeant d’Actis, dans une correspondance adressée en avril 2023, au premier ministre Joseph Dion Ngute. La même année, le Cameroun s’acquittait d’une enveloppe de 57,8 milliards de FCFA de sa dette à l’endroit d’Eneo.
Dans ce rapport, Amine Hommann Ludiye est fort opportunément revenu sur la dette publique à l’endroit d’Eneo: «l’année 2024 a été marquée par un effort moins marqué en terme de paiements de l’Etat et des entités publiques. 59 milliards de FCFA de paiements de l’Etat au cours de l’année 2024, mais qui ne recouvrent que partiellement les montants dus à Eneo au cours de l’année 2024», a relevé le manager. Une sortie qui relance le sujet sur les incompréhensions entre le gouvernement et la société Eneo concernant le montant précis des dettes et créances mutuelles entre les deux entités. Les obligeant à procéder à des négociations ayant abouti à un consensus: le croisement de dettes et de créances. Toutefois, et malgré des pourparlers permanents sur les états financiers conjoints.
Tout en soutenant qu’Eneo n’a perçu qu’une partie de sa créance réclamée à l’État du Cameroun comptant pour l’année 2024, le directeur général renchérit en indiquant qu’ «Eneo n’a pratiquement rien perçu tant au titre de l’éclairage public de l’année 2024 que de la compensation tarifaire de ladite année. Des montants réclamés par Eneo sont demeurés impayés au cours de l’année 2024, y compris au titre d’exercice antérieurs». Par ailleurs, le manager égrène une fourchette d’entreprises, établissements publics ou collectivités territoriales décentralisées qui brillent par une extrême lenteur de paiement: Alucam et Camwater en l’occurrence. Deux entreprises publiques qui n’ont pu s’acquitter directement que de 6 milliards de FCFA sous la période indiquée.
Ces retards de paiement s’ajoutent à de nombreux problèmes structurels que connaît Eneo: insuffisance et vieillissement de l’outil de production, dette fournisseur (environ 500 milliards de FCFA), fraude sur la consommation électrique, vandalisme sur le mobilier de production, puissance électrique insuffisante pour les grands consommateurs etc….
Toutefois, le management d’Eneo envisage renverser la tendance via des mesures conjoncturelles qui viennent se greffer aux appuis financiers des banques et de l’État. Il s’agit notamment du rééquilibrage entre l’offre et la demande, la diversification de l’outil de production, la lutte contre la fraude, l’intensification du recouvrement des créances et l’extension du réseau dans les zones non desservies. Le réseau Eneo est constitué de trois (3) source de production: 73,30% d’hydraulique, 26,66% de thermique et 0,04% de solaire. L’entreprise exploite un parc composé entre autres des barrages hydroélectriques de Songloulou (384 Mw), Edea (276 Mw), Lagdo (72 Mw), Mbakaou, Bamendjin et Mapé, des barrages réservoirs.
Le réseau des centrales thermiques est composé des centrales thermiques de Yassa-Dibamba, Bassa, Limbe, Bafoussam, Oyomabang et Log baba, ou encore la centrale à gaz de Kribi. L’entreprise a également développé des centrales hybrides (solaire-thermique) dans des localités isolées comme Djoum, Lomié, et Garoua Boulai, ainsi que des parcs solaires à Guider et Maroua. Ajoutés à une quarantaine de groupes électrogènes disséminés sur tout le territoire, de petites centrales isolées pour alimenter des localités non connectées au réseau principal.
Rappelons qu’Eneo Cameroon dispose de 63% de capacités installées du pays. Son réseau de distribution s’étend sur 18.500 km de lignes moyenne tension, et 18.000 km de lignes basse tension. Avec environ 3.759 employés, 2,2 millions de clients (ménages et entreprises), soit environ 20 millions de Camerounais, au premier trimestre 2025, l’entreprise compte environ 1 millions de clients abonnés au système prépayé. Ce qui représente un taux d’environ 40 % d’électrification au Cameroun.

